L'Homme Tiroir
J’ai l’intérieur des paupières tapissé de miroirs
Et quand je ferme les yeux j’y retrouve la mémoire
des parfums d’anis, de réglisse chocolat
de batailles de marrons et de cabanes dans les bois
C’est l’époque des haricots verts et des moments Nutella
des vacances à rallonge
et des premiers émois
J’ai l’intérieur des paupières comme une boule à facette
Et ces images à foison me font tourner la tête
Des kaléidoscopitones pastel pomme et rose bonbon !
des clips de bonheur aux images ralenties
avec comme unique bande son
le crépitement mélodique du vinyle
que sillonne le diamant que l’on croirait malade
c’est juste qu’il tousse un peu quand une poussière de nostalgie embrume mes yeux
J’ai l’intérieur des paupières constellé de rêves noirs
des gueules et des culculs, des pralines en carton
à l’heure de la récréation
le temps des premières clopes crapotées crânement
sous le regard moqueur des plus grands qui eux ne crapotent déjà plus ; ils avalent la fumée et la recrachent par le nez
Et si ces bribes de brouillard restent accrochées à mes pensées
c’est que la fumée je l’ai piégée dans mes tiroirs bien cadenassés car ...
J’ai à l’intérieur de la tête une armée de tiroirs
Qui s’ouvrent et qui se ferment au gré de mon bon vouloir
des souvenirs IKEA parfaitement bien rangés
et qu’aucun grain de sable ne saurait déranger
j’ai aussi des vieux tiroirs de grand-mère à dépoussierer
des fort bien cachés qui renferment des trésors
mais ceux là ne s’ouvrent qu’au prix de beaucoup d’ efforts
J’ai à l’intérieur des tiroirs des images jaunies
que le temps a pris soin d’étoffer de vernis
de vêtir d’un manteau de douce mélancolie
telles des cartes postales de soleil couchant
qui étirent à l’infini les détails de cette vie d’avant
c’était mieux avant c’était mieux avant
c’était mieux avant loin du soleil de midi
et des flash aveuglants des images du présent
Je ne suis pas de ceux qui le nez en avant
semblent surs d’eux et respirent l’air du temps
Je suis l’Homme tiroir qui renifle l’air du temps
l’emprisonne,
Le digère
le libère et vous le rend
Je suis l’homme miroir et son âme en goguette
cachée au fond de ce trou qui me sert d’oubliette
J’ai tant de choses encore...
j’ai dans les veines
des torrents indomptés, des fleuves tortueux
épousant le contour de mes vieux bras noueux
des tumultes incessants qui irriguent ma mémoire tambour battant
et s’il est vrai que la pensée remonte les fleuves
je vous laisse imaginer avec quelle pugnacité
la mienne s’accroche et s’agrippe pour faire monter la sève dont mes souvenirs s’abreuvent
Et j’ai tant de choses encore
A mes oreilles parviennent des rumeurs bien troublantes
d’étouffants chants de sirènes qui parfois me hantent
des mélodies lointaines sortent de mes boites à musique
des berçeuses à l’agonie aux refrains frénétiques
Tout mon être tourne le dos à la marche du temps
tout mon corps se hérisse à l’idée du présent
mais il me faut bien l’assumer, et mettre un terme à cette méprise
car toutes ces heures fragiles que j’idéalise
tous ces moments d’argile durcis par le temps
ne semblaient pas si magnifiques conjugués au présent
La beauté de l’instant ne se révèle qu’ après coup
avec le recul suffisant
mais maintenant que je connais le secret de la fuite du temps je veux profiter de chaque instant, pour ne pas regretter dans 10 ou 20 ans les heures passées à vos cotés.
J’veux vivre à fond et ne rien regretter...
à Danil, à Paul William
à Céline et Marco Polo
à Pierre Henry
Clémence et Lucie
à toi
à moi
à l’aide
à Toi Maman
Il faut savoir se retourner quelquefois pour enfin pouvoir regarder devant soit
Ne plus avoir peur du présent et porter son regard loin devant
à tous ceux qui restés derrière moi m’ont porté jusque là
et à chaque fois que j’irai de l’avant de mes pas vacillants
je prendrai le temps de fermer les yeux et de penser à eux
car souvenez-vous...
j’ai l’intérieur des paupières tapissés de miroirs...
et quand je ferme les yeux
j’y retrouve la mémoire...
M’sieur Dam nov. 2007
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