Laurent etienne champion de france de slam 2009
slam tribu

M’sieur Dam ! Oxymoron et aphérèse  dans un pseudo ! c’est pas la classe ça !?
Ce slameur rémois né dans la ville de Rimbaud aime jouer sur l’ambiguité de son nom et sur sa gouaille poissonnière.
Il déborde d’égoisme généreux, d’illetrisme pertinent et d’envie profonde d’ouvrir sa bouche pour que la parole éclabousse les murs de silence qu’on nous apprend à batir dès notre berceau.
M’sieur Dam ne vends pas de tapis aux rabais, n’a pas d’ours à montrer ni d’église à défendre  
Il ne mords pas, sent bon sous les bras, sait rester polis quand la situation l’exige
Mais comme tout bon slamtimbanque nourri aux salamaleks, il lui arrive d’oublier tout ce qui vient d’être dit pour verser dans le politiquement rock’n rollesque quand la situation ne l’exige plus...
Il peut tour à tour repeindre des toilettes publiques en vert si le coeur lui en dit tout comme faire l’apologie du suicide tel un vendeur de télé-achat.
Approchez Approchez M’sieurs dames, prenez place et tendez l’oreille le spectacle va commencer...



L'Homme Tiroir

J’ai l’intérieur des paupières tapissé de miroirs

Et quand je ferme les yeux j’y retrouve la mémoire
des parfums d’anis, de réglisse chocolat
de batailles de marrons et de cabanes dans les bois
C’est l’époque des haricots verts et des moments Nutella
des vacances à rallonge
et des premiers émois

J’ai l’intérieur des paupières comme une boule à facette

Et ces images à foison me font tourner la tête
Des kaléidoscopitones  pastel  pomme et rose bonbon !
des clips de bonheur  aux images ralenties
avec comme unique bande son
le crépitement  mélodique du vinyle
que sillonne  le diamant que l’on croirait malade
c’est juste qu’il tousse un peu quand une poussière de nostalgie embrume mes yeux

J’ai l’intérieur des paupières constellé de rêves noirs
des gueules et des culculs, des pralines en carton
à l’heure de la récréation
le temps des premières clopes crapotées crânement
sous le regard moqueur des plus grands qui eux ne crapotent déjà plus ; ils avalent la fumée et la recrachent par le nez
Et si ces bribes de brouillard restent accrochées à mes pensées
c’est que la fumée je l’ai piégée dans mes tiroirs bien cadenassés car ...

J’ai à l’intérieur de la tête une armée de tiroirs

Qui s’ouvrent et qui se ferment au gré de mon bon vouloir
des souvenirs IKEA parfaitement bien rangés
et qu’aucun grain de sable ne saurait déranger
j’ai aussi des vieux tiroirs de grand-mère à dépoussierer
des fort bien cachés qui renferment des trésors
mais ceux là ne s’ouvrent qu’au prix de beaucoup d’ efforts

J’ai à l’intérieur des tiroirs des images jaunies

que le temps a pris soin d’étoffer de vernis
de vêtir d’un manteau de douce mélancolie
telles des cartes postales de soleil couchant
qui étirent à l’infini les détails de cette vie d’avant
c’était mieux avant c’était mieux avant
c’était mieux avant loin du soleil de midi
et des flash aveuglants des images du présent

Je ne suis pas de ceux qui le nez en avant
semblent surs d’eux et respirent l’air du temps

Je suis l’Homme tiroir qui renifle l’air du temps
l’emprisonne,
Le digère
le libère et vous le rend
Je suis l’homme miroir et son âme en goguette
cachée au fond de ce trou qui me sert d’oubliette

J’ai tant de choses encore...

j’ai dans les veines
des torrents indomptés, des fleuves tortueux
épousant le contour de mes vieux bras noueux
des tumultes incessants qui irriguent ma mémoire  tambour battant
et s’il est vrai que la pensée remonte les fleuves
je vous laisse imaginer avec quelle pugnacité
la mienne s’accroche et s’agrippe pour faire monter la sève dont mes souvenirs s’abreuvent

Et j’ai tant de choses encore

A mes oreilles parviennent des rumeurs bien troublantes
d’étouffants chants de sirènes qui parfois me hantent
des mélodies lointaines sortent de mes boites à musique
des berçeuses à l’agonie aux refrains frénétiques

Tout mon être tourne le dos à la marche du temps
tout mon corps se hérisse à l’idée du présent
mais il me faut bien l’assumer, et mettre un terme à cette méprise
car toutes ces heures fragiles que j’idéalise
tous ces moments d’argile durcis par le temps
ne semblaient pas si magnifiques conjugués au présent
La beauté de l’instant ne se révèle qu’ après coup
avec le recul suffisant
mais maintenant que je connais le secret de la fuite du temps je veux profiter de chaque instant, pour ne pas regretter dans 10 ou 20 ans les heures passées à vos cotés.
J’veux vivre à fond et ne rien regretter...

à Danil, à Paul William
à Céline et Marco Polo
à Pierre Henry
Clémence et Lucie
à toi
à moi 
à l’aide
à  Toi Maman

Il faut savoir se retourner quelquefois pour enfin pouvoir regarder devant soit
Ne plus avoir peur du présent et porter son regard loin devant
à tous ceux qui restés derrière moi m’ont porté jusque là
et à chaque fois que j’irai de l’avant de mes pas vacillants
je prendrai le temps de fermer les yeux et de penser à eux
car souvenez-vous...
j’ai l’intérieur des paupières tapissés de miroirs...

et quand je ferme les yeux
j’y retrouve la mémoire...


M’sieur Dam     nov. 2007

Son site : http://www.myspace.com/msieurdam

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